portrait d’une société où le patron est un smartphone, le management un algorithme

Pour les chauffeurs Uber, le patron, c'est leur smartphone.

FRANCE.TV – À LA DEMANDE – DOCUMENTAIRE

« Uber a refusé de participer à ce documentaire. » La phrase qui s’incruste en préambule est trompeuse. Seuls les dirigeants actuels d’Uber ont refusé, ceux nommés après que ses administrateurs ont réussi, en juin 2017, à licencier le président cofondateur Travis Kalanick de sa propre entreprise.

Pour comprendre comment la start-up créée en septembre 2010 en est arrivée là, le réalisateur Damien Fleurette a interviewé de hauts responsables, tels Brian McClendon, inventeur de Google Earth en 2005 et ingénieur pour Uber de 2015 à 2017 ; Alexandre Molla, ex-directeur de l’expansion Uber en France (2013-2019) ; Emil Michael, vice-président d’Uber durant quatre ans (2013-2017) et star des énormes levées de fonds – celles qui se comptent en dizaines de millions.

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Capital-risqueurs, journalistes, économistes complètent le panel des intervenants. Leurs décryptages s’imbriquent sur fond d’images d’archives, avec les reportages factuels sur les principaux acteurs de l’aventure : les chauffeurs et livreurs, au Brésil (deuxième plus grand marché mondial d’Uber avec 600 000 chauffeurs), en France, aux Etats-Unis.

« Economie des petits boulots »

Chaque étape recèle son lot de révélations. Depuis la création d’Uber, fondée sur une légende (deux jeunes gars qui ne trouvent pas de taxi à Paris) et plus sûrement sur une réalité : des taxis rares, sales, chers… et deux start-upeurs millionnaires, Garrett Camp et Travis Kalanick, qui a déboursé chacun 100 000 dollars pour lancer leur appli.

Plus surprenant, Uber n’est pas – et n’est toujours pas – louable

Leur motivation ? Le « mythe du garage », décodé par Brian McClendon, et « aller vite et casser les règles », mantra de la Silicon Valley. Leur modèle est celui de la « gig economy », l’« économie des petits boulots », qui fait travailler des microentrepreneurs « indépendants » plutôt que des salariés. Le patron est un smartphone et la gestion est assurée par un algorithme. Conséquence : l’humain est peu pris en compte. Plus surprenant, Uber n’est pas – et n’est toujours pas – louable.

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Alors que Garrett Camp préfère l’ombre du conseil d’administration (jusqu’en 2020), les ennuis pour le PDG instable Travis Kalanick débutent en 2013, quand Joseph Giron pirate l’appli Uber et révèle qu’elle collecte trop de données personnelles . Progressivement, à Paris, à Marseille, au Brésil, en Italie, les taxis manifestent, parfois violemment, pour s’opposer à l’arrivée d’Uber, concurrent déloyal.

D’autres scandales détaillés dans le film, jusqu’à la vidéo prix par un chauffeur en février 2017, alors qu’il vient de prendre en charge Travis Kalanick, ivre, méprisant, entouré de deux toutes jeunes femmes. Ce sera l’élément déclencheur. Dara Khosrowshahi est nommée PDG d’Uber en août 2017.

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Le 9 décembre 2021, la Commission européenne a publié une proposition de directive pour instaurer une présomption de salariat pour les travailleurs indépendants liés aux plaques-formes numériques. Une révolution… à condition que Bruxelles l’inscrive à son agenda.

Jusqu’où ira Uber ?, documentaire de Damien Fleurette (Fr., 2022, 72 min). Diffusé dans le cadre de l’émission « Le Monde en face » présenté par Mélanie Taravant sur France 5 et disponible en replay sur France.tv jusqu’au 15 mai.

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