L’entreprise américaine Clearview renonce à vendre ses outils de reconnaissance faciale aux entreprises

L'entreprise américaine Clearview renonce à vendre ses outils de reconnaissance faciale aux entreprises
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C’est une décision majeure dans le combat pour la protection des données. Lundi 9 mai, après deux ans de bataille judiciaire contre l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), Clearview AI a accepté de ne plus vendre sa base de données biométriques aux entreprises privées. L’accord doit encore être validé par un juge du comté de Chicago.

Il prévoit également que l’État de l’Illinois – dans lequel la firme était attaquée – et sa police ne pourrait plus y accéder, et ce pendant cinq ans. En revanche, les services fédéraux, comme le service des douanes et de la protection des frontières, ainsi que les forces de l’ordre des autres États, seront toujours autorisés à le faire.

L’association reprochait à Clearview AI, entreprise spécialisée dans la reconnaissance faciale, de ne pas respecter les lois de l’Illinois sur la protection des données sensibles, notamment le Biometric Information Privacy Act, qui interdit aux entreprises de partager certaines données, comme le visage ou les empreintes, sans le consentement de l’intéressé.

Clearview AI devra en outre maintenir le formulaire de désinscription qui permet aux habitants de l’Illinois de refuser d’apparaître dans la recherche photo, quel que soit le client concerné. Une opération, communication comprise, chiffrée à 50 000 dollars dans l’accord. Le formulaire sera également disponible en Californie, où des règlements similaires en matière de protections des données s’appliquent.

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Respect de la vie privée

« Cet accord montre que des lois fortes sur la confidentialité peuvent apporter des protections réelles contre les abuss’est félicité Nathan Freed Wessler, l’un des directeurs adjoint de l’ACLU. Le Congrès devrait agir, et, tant qu’ils n’en seront pas capables, plus d’états devront reprendre le flambeau. »

« C’est une énorme victoire » , à quant à elle, a déclaré Linda Xóchitl Tortolero, présidente de l’association Femmes latines en action, qui vient en aide aux victimes de violences conjugales. Au-delà de la question du consentement, elle pointe du doigt la dangerosité du rassemblement de photos et autres données personnelles telles que réalisées par ClearView AI, qui pourraient être utilisées à de mauvaises fins, notamment par les harceleurs ou encore les ex-conjoints.

La firme argumente pourtant d’être un service permettant de « rendre les communautés plus sûres et de permettre aux forces de l’ordre de résoudre des crimes ». Dans le tableau de chasse fièrement affiché par l’entreprise, la capture en 2020 d’un pédocriminel argentin : grâce à une photo floue du criminel, les enquêteurs du FBI ont pu retrouver dans la base de données de Clearview AI d’autres clichés de ce dernier, avant de tomber sur son compte Facebook et finalement l’arrêter. Elle a également permis d’identifier des émeutiers lors du soulèvement au Capitole en janvier 2021.

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D’autres pays suivent le pas

Pour constituer sa base de données composée de 20 milliards de clichés, Clearview AI scanne les réseaux sociaux comme Facebook ou Instagram, et plus globalement Internet, pour y récupérer toutes les photos disponibles. Selon les informations du Poste de Washington, l’entreprise a récemment relevé dix millions de dollars afin d’augmenter ses activités. Auprès de ses investisseurs, elle aurait affirmé travailler pour étendre sa base de données à 100 milliards de photos de façon « à ce que presque tout le monde sur terre soit identifiable ». Un gigantesque fichier dans lequel beaucoup de citoyens se retrouvent, sans même le savoir.

Aujourd’hui, c’est la légalité de ce processus que questionne l’État de l’Illinois, et il n’est pas le seul. Le Canada, l’Italie, le Royaume-Uni et la France essaient de prendre des mesures pour protéger leurs citoyens. Le 16 décembre, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a mis en demeure Clearview AI de supprimer les données applicables en France et de cesser ses activités sur le territoire. Elle a jugé que la société ne disposait pas « d’un intérêt légitime à collecter et utiliser ces données, notamment au regard du caractère particulièrement intrusif et massif du procédé ». L’entreprise américaine n’avait pas répondu « d’établissement en France ou dans l’Union européenne. Elle n’y a aucun client et n’entreprend aucune activité qui signifierait autrement qu’elle serait soumise au [règlement général sur la protection des données] RGPD ».

Dans cette bataille pour la protection des données, Clearview AI n’est pas la première à devoir fléchir devant les juges. En 2020, Facebook, alors attaqué dans l’Illinois pour son système de reconnaissance faciale, avait accepté de payer 650 millions de dollars.


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