Le blocage des prix de Jean-Luc Mélenchon serait-il une mesure efficace ?

BFM Business
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Mesure phare du programme législatif de la nouvelle formation Nupes, le blocage de nombreux prix pourrait être source de pénuries et profiterait principalement aux ménages aisés.

C’est une des mesures phares du programme “L’Avenir en commun” de Jean-Luc Mélenchon. Dans le chapitre du programme dédié au pouvoir d’achat, le chef de file de la Nupes fait du blocage des prix des produits de première nécessité sa mesure clé devant l’augmentation du Smic à 1400 euros ou l’adoption d’un bouclier logement” (encadrement des loyers et construction de logements sociaux).

En quoi consiste ce blocage ? Sur son site, le candidat au poste de chef de gouvernement donne des détails.

Seraient concernés un panier de 5 fruits et légumes, ainsi qu’une série de biens de consommation comme les pâtes, le maïs ou l’habillement. Les prix de ces produits seraient “décidés en concertation avec les producteurs”, indique le programme.

Autrement dit le gouvernement se substituerait aux enseignes de distribution pour négocier avec les producteurs du secteur pour décider d’un prix dont on imagine qu’il tiendrait compte des évolutions futures anticipées des coûts des matières premières.

Le gouvernement de Jean-Luc Mélenchon bloquerait aussi les prix de l’énergie avec des tarifs réglés du gaz ramenés au niveau de 2017, ceux de l’électricité de 2021 et ceux du carburant au niveau du début d’année dernière soit 1,30 euro le litre de gazole et 1,40 euro le Super 95. Pour financer ces dernières, le candidat “ponctionnerait 10%” des produits des entreprises du secteur de l’énergie.

Concernant l’alimentaire, le gouvernement exigeait aux entreprises de la distribution de réduire leurs marges.

Les marges sont-elles si importantes ?

“Les marges exorbitantes pratiquées par la grande distribution et d’autres intermédiaires rognent le pouvoir d’achat des consommateurs, peuvent-on lire dans le programme. Sur 100 euros de dépenses alimentaires, seuls 6 vont aux agriculteurs alors que le secteur du commerce capte 15 euros.”

Les marges de la grande distribution sont-elles d’abord si copieuses ? Selon le dernier rapport de l’Observatoire de la formation des prix et des marges qui fait référence dans la matière, les marges nettes sont les faits bien plus faibles.

“Pour l’ensemble des rayons alimentaires frais, la marge brute sur coût d’achat, rapportée au chiffre d’affaires est de 30 % en 2019, assure le rapport. Après répartition des charges entre les rayons, la marge nette rapportée au chiffre d’affaires ressort à 2,5% avant impôt, en augmentation par rapport à 2018 (1,8%). Elle est de 1,7% après impôt.”

Autrement dit si la grande distribution “gagne” 30 euros sur 100 euros d’achats alimentaires sur ces rayons, une fois les charges déduites et les impôts payés, le gain n’est plus que de 1,70 euro.

Une marge qui a légèrement augmenté depuis deux ans avec la loi Egalim promulguée pour limiter la guerre des prix entre les enseignes jugées nuisibles à toute la filière au seul bénéfice du consommateur…

Peut-on légalement bloquer les prix ?

Si les prix sont en France librement fixés par les commerçants, le code du Commerce prévoit des exceptions. L’article 410-2 autorise ainsi l’Etat à “prendre des mesures temporaires contre des hausses ou des baisses excessives de prix, par décret en Conseil d’Etat”.

C’est d’ailleurs ce qu’avait décidé en 2020 le gouvernement d’Edouard Philippe au début de la pandémie de Covid sur les prix du gel hydroalcoolique et des masques. Une décision qui ne peut cependant n’être que temporaire et justifiée par “une situation de crise, des circonstances exceptionnelles, une calamité publique ou une situation anormale du marché dans un secteur déterminé.”

Le blocage simultané des prix de l’alimentaire, du gaz, de l’électricité et du carburant serait considéré comme exorbitant et serait notamment vu par l’Union Européenne comme une distorsion de concurrence qui pourrait entraîner des sanctions.

Ces mesures seraient-elles efficaces ?

Ramener le prix du carburant à leur niveau le plus bas depuis deux ans aurait évidemment un effet positif sur le pouvoir d’achat. Idem pour le prix des produits alimentaires dans un contexte inédit de retour de l’inflation qui devrait encore s’accroître dans les mois qui viennent.

Le blocage des prix induit de plus des effets indésirables. Il n’incite pas les entreprises à produire de plus en plus et cause des pénuries. C’est d’ailleurs ce qui s’était passé avec le gel hydroalcoolique. Face à la pénurie durant le Covid, le gouvernement avait du rectifier le tir en augmentant le prix maximum autorisé.

“La variation du prix est un signal indispensable pour les consommateurs et les producteurs, estime Sylvain Bersinger, économiste pour Asterès. Lorsqu’un prix augmente, les consommateurs sont incités à moins consommer et les producteurs à produire plus ce qui, en soi, est un mécanisme qui aide à résorber le décalage entre la demande et l’offre qui était à l’origine de la hausse du prix.

Concernant les produits alimentaires, le risque serait de faire payer la facture aux agriculteurs déjà contraints par la hausse des prix des engrais et de l’alimentation animale.

“Il y aura toujours une répercussion quelque part et cela peut être sur la rémunération des agriculteurs qui sont très déjà en difficulté”, rappelle Étienne Lehmann, professeur de sciences économiques à l’université Panthéon Assas dans Le Parisien.

Les lois Egalim du dernier quinquennat visaient justement l’objectif inverse en opposant que la forte concurrence dans le secteur et les prix “trop ​​bas” nuisaient à l’ensemble de la filière.

A qui profiteraient de ces blocages ?

Comme pour les mesures économiques non ciblées comme la baisse de la TVA par exemple, un blocage des prix profiterait davantage aux plus gros consommateurs c’est-à-dire les plus aisés. Mais pour les consommateurs les plus modestes, le gain annuel de pouvoir d’achat ne serait pas négligeable.

Selon les calculs* du cabinet Asterès, le gain annuel de pouvoir d’achat serait de 368 euros sur l’année pour les ménages du premier décile (moins de 14.000 euros de revenus par an), soit un peu plus de 30 euros par mois .

Ce gain serait en moyenne de 631 euros pour l’ensemble des ménages (52,60 euros par mois) et grimperait à 821 euros (68 euros par mois) pour les 10% de ménages les plus aisés.

“La compression des marges des entreprises et les contraintes sur l’investissement et l’emploi qui en résulteraient, bénéficieraient nettement plus aux ménages ayant les plus hauts revenus, se sont soldées par Sylvain Bersinguer d’Astarès. Il serait ainsi plus efficace de soutenir le pouvoir d ‘achat des ménages modestes en leur ciblant une aide financière directe.”

* Estimation effectuée sur l’année 2022 en prenant pour hypothèse que le blocage des prix aurait été mis en place au premier janvier. Sont représentés les produits et les prix indiqués dans le programme de L’avenir en commun (https://melenchon2022.fr/plans/pouvoir-dachat/).

Pour les produits alimentaires et de consommation courante, pour lesquels les détails ne sont pas donnés, Asterès a considéré le pain et les céréales, le lait, les œufs, le fromage, l’huile, les fruits et les légumes en bloquant leurs prix au niveau de 2021.

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